PODCAST 71 + INTERVIEW : INIGO KENNEDY Interview / Podcast

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A l'occasion de notre 5ème anniversaire, nous invitons Inigo Kennedy et Milton Bradley le 13 février prochain à La Machine du Moulin Rouge. Petit avant-goût des hostilités avec ce podcast signé Inigo, qui a également accepté de répondre à nos questions

- Tu travailles comme développeur de logiciels. Y a-t-il des caractéristiques communes que tu aimes dans ton job de tous les jours et dans ton activité d'artiste ?

D'une certaine manière oui. Créer des logiciels peut être un véritable process créatif et la musique peut s'avérer être un process très précis et analytique. Il y a donc une partie de ma façon de travailler et de ma créativité qui est satisfaite par les deux activités, même si le produit final est différent. Je me suis souvent demandé si j'aurais fait de la musique s'il n'y avait pas eu une façon de la faire grâce à la technologie et aux ordinateurs. Aurais-je été satisfait s'il n'y avait pas un challenge technique et la sensation d'utiliser la technologie ? C'est difficile à dire, et j'aime aussi jouer des instruments non électroniques de temps en temps. Pas à un niveau suffisant de maîtrise pour le considérer comme créatif, mais plutôt comme quelque chose de thérapeutique.

Il y a définitivement une similarité entre faire de la musique et coder qui se trouve dans le fait de rendre la technologie invisible dans le résultat final. Tu utilises des outils pour trouver un résultat. Le résultat est une chose appréciable, et c'est peut-être une satisfaction plus émotionnelle, mais il y a aussi le process et c'est là quelque chose de plus intellectuel. C'est un vrai mélange. Parfois cela peut vouloir dire utiliser des outils pour montrer un résultat auquel tu ne t'attendais pas. Dans le monde des logiciels, on dirait que ce sont des exceptions et qu'elles ne sont pas acceptables mais en musique ce sont souvent les meilleures pièces du puzzle et tout réside dans le fait de savoir les reconnaitre et les utiliser. Il y a moins de règles contraignant le résultat. C'est là où le cerveau dépasse le code. J'ai utilisé ma créativité en termes de logiciels afin de comprendre l'environnement dans lequel je fais de la musique d'une manière bien plus organique, je crois.

 
 

- Tu te considères comme un geek ?

Il me serait impossible de dire le contraire. Tout particulièrement après cette première question ! Ou peut-être qu'on devrait inventer un mot. Un gunk ? Part geek, part punk ? C'est assez typique pour un gamin ayant grandi dans les années 70 et 80 d'être un "geek" par défaut si tu as eu ne serait-ce que le plus petit intérêt pour la technologie. C'est difficile de ne pas avoir grandi avec. Ca a été une révolution technologique et une expérience assez unique à vivre. J'ai eu la chance d'être introduit à ce monde de science et de technologie quand j'étais très jeune par mon père (qui était ingénieur électronique), de découvrir très tôt la musique électronique, d'être fasciné par les machines qui la produisaient et de comprendre l'informatique à une époque où la relation avec le hardware et la façon dont il marche était beaucoup plus simple grâce au niveau peu élevé des langages servant à le programmer. Ces années ont été de vraies années geek.

Maintenant, il est plus naturel pour les gens de s'intéresser à la technologie  et c'est tout autour de nous donc il est impossible de l'éviter. Donc "geek" est devenu cool. J'ai juste continué de grandir avec la technologie. D'un autre côté, quand j'ai eu une idée plus claire de qui j'étais et de comment je voulais être perçu, j'y ai ajouté une touche de punk. Une touche d'indépendance et le fait de ne pas accepter les choses tel qu'elles sont si facilement. Essayer de les comprendre pour en obtenir quelque chose de bon.

 

 
- A ses débuts, la Techno a beaucoup été influencée par la technologie. Les producteurs avaient un choix limité de machines et ça se sentait en termes de sons. Maintenant que les ordinateurs ont tout ouvert, penses-tu qu'il soit plus facile d'innover ?Il est facile d'innover je pense, mais il est plus facile d'être feignant. La production de musique electronique s'est démocratisée car les machines sont bien plus simples à utiliser, comme tu le disais. On peut aussi publier et accéder à la musique d'une manière totalement différente. La démocratie n'est pas une mesure de la qualité néanmoins. On pourrait même dire l'opposé, elle tend vers un dénominateur commun plus bas. Il est facile d'avoir des machines, de faire de la musique et de penser "yeah, je veux faire quelque chose de similaire à ça et faire partie de tel mouvement". Il y aura toujours de l'innovation mais l'état d'esprit pour y arriver est le plus important. Je ne pense pas que cela ait quoi que ce soit à voir avec les outils. C'est plutôt une histoire de concentration, d'un certain degrés de talent et de capacités naturelles. Peut-être que c'était du Darwinisme technologique au début, les machines étaient plus difficiles à trouver et nécessitaient un réel investissement. La façon dont était distribuée la musique rendait les choses plus compliquées également. Ces facteurs ont naturellement poussé les gens les moins innovants et les moins déterminés dehors. Je dirais donc que l'innovation a été diluée mais reste illimitée comme auparavant.

- Les ordinateurs ont aussi fait leur apparition et ont en quelque sorte enlevé toutes traces du temps. Il est aujourd'hui impossible de savoir quand un morceau a été produit. Est-ce un argument important pour toi ?

Je ne suis pas vraiment d'accord. En termes de production je pense que beaucoup de musiques sont toujours très datées mais c'est plus en rapport avec la pression commerciale et des décisions artistiques qui essaient de suivre des tendances et des modes. Oui, on peut dire qu'il est plus facile de faire, d'enregistrer ou d'écouter de la musique qui sonnerait comme si elle avait été faite aujourd'hui ou qui imite le passé mais ne pourrait-on pas faire la même chose avec un orchestre composé de différents musiciens avec des techniques différentes ?

 

- La musique doit-elle être temporelle selon toi ?

La musique en elle même l'est mais elle peut te procurer différents ressentis. On pourrait dire que la musique est un catalyseur d'expériences qui n'ont pas l'air temporelles mais c'est plus du domaine de la pensée, ou d'une réponse physiologique que la musique elle même. Il y a surement des livres entiers qui pourraient répondre à cette question !

- Beaucoup de producteurs utilisaient des références au futur en parlant de Techno. Cela faisait sens à un certain temps, mais est-ce que la Techno est toujours la musique du futur selon toi ?L'a-t-elle vraiment été un jour ? C'est une notion romantique je pense. Et une idée marketing utile. Je pense que la Techno a toujours été la musique du présent plutôt que celle du passé. C'est sûr que beaucoup de producteurs de musique électronique sont intéressés par les robots, la science fiction ou ont grandi à l'époque où les ordinateurs et les jeux vidéos sont apparus donc il est facile de penser à toutes ces choses comme étant le futur et la musique faite avec ces machines liée au futur. Mais c'est toujours la musique du présent selon moi. Comme toute musique, certains tracks Techno sont plus temporels que d'autres. Il y a une musique incroyable sur une compilation de 1988 "Techno! The New Dance Sound Of Detroit" qui sonne aussi bien qu'aujourd'hui mais il y a également beaucoup de merdes datant de la même année ! Et on pourra dire le même pour 2015 dans quelques années j'en suis sûr. Je vais juste en faire en sorte d'être responsable de quelques tracks intemporels plutôt que des autres !
 

- Est-ce que faire de la musique est quelque chose de rationnel ?

Je crois oui. C'est assez rationnel de créer et d'aimer quelque chose qui te procure des ressentis. C'est aussi quelque chose d'assez instinctif. Tu le sens très bien quand tu vois un bébé réagir à cela, comme j'ai eu la chance de pouvoir le faire récemment.

 

 
- Considères-tu le process de composition aussi important que le résultat ?Oui. Très différemment mais tout aussi important. C'est un vrai équilibre et une lutte entre la technologie, la rationalité, la précision d'un côté et l'émotion, les accidents, le talent et des aspects moins tangibles de l'autre. Cet équilibre diffère entre la production et le résultat mais quand tu penses que la plupart des gens ne voient pas la partie production et uniquement le résultat, ça change beaucoup les perspectives. Le résultat devient plus important si tu penses au ressenti des gens, mais ce n'est pas nécessairement l'objectif premier.
 

- Tu joues avec Milton Bradley le 13 février prochain pour nos 5 ans. Que peux-tu nous dire à son propos ?

C'est une figure intéressante, derrière certains tracks deep fantastiques, peu importe qu'il ait piqué le nom d'une société qui faisaient beaucoup de jeux auxquels j'ai joué étant petit ! Il y a un podcast Smoke Machine de 2012 que ma femme et moi apprécions vraiment. Il y aussi sa sortie "Reality Is Wrong" sur Prologue qui a vraiment quelque chose de spécial. J'ai hâte de l'entendre en action à Paris ! Et j'ai hâte de revenir à Paris également après la superbe sensation à Concrete en Décembre dernier !

 
 

 

 

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commentaires

  1. Mortel

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