INTERVIEW : BILAN DU PROJET SEQUENCES Interview / Musique

La série SEQUENCES nous a proposé, à travers 13 épisodes, des live de musique électronique filmés à huit clos en son binaural. Après avoir pu apprécier le rendu au casque et en live à la maison de la radio, nous avons voulu posé quelques questions bilans aux personnes derrière le projet.

Lancée avec l'idée de montrer différemment la musique électronique et d'éclaircir un peu plus le rapport homme-machines, la série SEQUENCES a été l'occasion de proposer des lives en son 3D, utilisant la technologie binaurale. Pour cette première édition, les artistes Etienne Jaumet, Flavien Berger, Krikor, Blanck Mass, Syracuse, Somaticae, Svengalisghost, Perc, Low Jack, Portable, Ricardo Tobar, Voiski et Ben Vedren ont été successivement invités.

 David et Clément sont respectivement réalisateurs et producteurs de SEQUENCES.

- Le projet Sequences touche à sa fin, du moins le volume 1. Le rendu est-il à la hauteur de vos espoirs ?

David : Oui. D'habitude quand on imagine et écrit un tel projet on essaye d'être le plus ambitieux possible, quitte à revoir ses exigences à la baisse au moment du tournage, faute de moyens ou autre. Mais sur Sequences on a obtenu un rendu très proche de ce qu'on avait imaginé.

Clément : Il y a évidemment une marge de progression énorme sur la relation avec les artistes, la réalisation image, et sur tout l’aspect spacial. Néanmoins, quand tu regardes d’où nous sommes partis à la conception du projet, on se dit qu’on a réussi à mettre sur pied un truc assez chouette.

- Quelles difficultés particulières avez-vous rencontré ?

David : La plus grande difficulté résidait dans les contraintes techniques imposées aux artistes pour pouvoir mixer le son en binaural. C'est tout un merdier de pouvoir séparer les pistes et tous les artistes ne sont pas en mesure de le faire techniquement donc on a du faire l'impasse sur certains trucs qu'on voulait faire.

Clément : Ce n’est pas forcément ce qu’il y a de plus sexy, mais dans le montage d’un projet pareil, il y a toujours des difficultés. La difficulté aurait été de devoir monter une programmation avec des contraintes de notoriétés des artistes, etc. Or, je retournerais plutôt la question en pointant le fait qu’on a été très surpris de la liberté éditoriale qu’on nous a laissé sur le projet.

- Le projet semble assez lourd en termes de production, notamment à cause de la vidéo. Etait-ce indispensable ?

David : C'était indispensable dans le sens où on voulait filmer ces artistes comme jamais ils n'ont été filmés jusqu'à présent. Les Dj sets filmés juste avec une petite GoPro existent déjà, on voulait apporter un truc en plus. Au final c'est assez jouissif de filmer des artistes plutôt underground et pointus avec de tels moyens. Même eux n'en revenaient pas quand ils arrivaient sur le plateau !

Clément : Rien n’est indispensable. Le surf, le Nutella, ta série préférée. Quand tu penses un projet comme SEQUENCES, je en crois pas que tu réfléchisses en ces termes-là. Tu es plus dans une logique de recherche, tu te demandes ce qui se produit lorsque tu bouges un peu des règles, les conventions. Qu’est ce qui se passe si on sort la techno des clubs le temps d’une session ? Qu’est ce qui se passerait si je proposais à la télévision un projet de captation un tantinet pointu dans ses choix, et sur un style de musique très souvent  cantonné aux tribunes spécialisées ?

- Sequences pose de vraies questions sur la façon dont nous écoutons la musique. Avez-vous envie d'aller plus loin que le format vidéo ? Des soirées Sequences par exemple ? Le rendu à l'auditorium Radio France était très bon.

David : L'idéal, ce serait d'avoir du live en direct avec le son mixé en binaural en temps réel pour le public. Aucune idée si c'est possible ou pas... Pour les vidéos par contre, on nous a souvent demandé si on voulait pas les faire en public, et la réponse est non. Laisser l'artiste à huis clos permet de se concentrer sur sa musique, sans élément perturbateur autour et surtout ça donne une autre dimension à ce qu'il fait une fois sorti du contexte club.

Clément : La projection à Radio France c’était vraiment génial. C’était autant impressionnant pour les spectateurs que pour nous ! On a en quelque sorte redécouvert les épisodes en les voyant dans ces conditions. Cet été, on diffuse un montage de la collection dans un cinéma à Saint Jean de Luz, pendant le Baleapop. Ca va également dans ce sens.

- Dans l'hypothèse d'un volume 2, que souhaiteriez-vous changer ?

David : Aller plus loin dans le rapport son et image, il y a vraiment plein de possibilités au niveau de la spatialisation du son. Mais surtout, plus de filles dans la programmation. C'est mon seul regret sur la collection, y a quasiment que des mecs. On fera mieux la prochaine fois.

Clément : Sa diffusion. On aimerait beaucoup un site dédié, plus simple d’accès pour les internautes.

 

sequences-krikor

 

Hervé Dejardin est ingénieur du son et a pris en charge la partie technique du projet, notamment le process de spatialisation du son.

- Le rendu au casque est incroyable, les morceaux semblent s'aérer et prendre vie. Quelle est la part de technique et d'artistique ?

Les deux sont liées. La technique doit être au service de l'artistique. L'objectif pour Sequences, était tout d'abord d'essayer de trouver une relation son et image innovante. Mais aussi de vérifier que la musique électronique est une forme musicale idéale pour créer des espaces virtuels et immersifs. Car les matériaux sonores utilisés (synthétiseurs, boites à rythmes, sons électroacoustiques...) peuvent être placés dans l'espace de façon très libre. Un son de synthétiseur n'a pas dans notre imaginaire une position spatiale définie surtout si celui-ci est un son qui n'évoque pas un son "d'instrument réel".

Pour vulgariser, avec les sons électroniques, nous pouvons créer des sons animés virtuels se déplaçant ou occupant l'espace un peu comme les personnages virtuels d'un dessin animé.  Pour les mixage de Séquences, nous avons pris soin d'avoir un espace sonore toujours équilibré, qui serve le propos musical.

 

- Il y a plusieurs façons de spatialiser un son, donc pour un même morceau plusieurs rendus possibles. Quels sons sont les plus évocateurs, les plus "faciles" à spatialiser ? Et à l'inverse ? Toutes les pistes doivent-elles l'être ?

Il y a des sons que nous pouvons difficilement spatialiser. Par exemple, pour des raisons d'habitudes d'écoutes. Habitudes que nous avons quand nous utilisons un casque. La stéréo, écoutée au casque nous a habitué à percevoir les sons essentiellement dans la tête. Et nous avons pris également l'habitude d'une certaine esthétique des timbres. Notamment les sons de grosses caisses et de basses. Donc, nous évitons de spatialiser ces sons. Nous les laissons "dans la tête". Et nous utilisons les autres sons pour offrir une perception externe.  Cela nous permet de créer un contraste "internalisation" et "externalisation".

Il faut tout d'abord bien écouter les sons pour les placer ou créer des mouvements dans l'espace. J'aime bien associé un mouvement à la morphologie d'un son. A titre d'exemple, je ne vais pas dessiner un mouvement rapide et léger à un son qui m'évoque un éléphant... 

L'essentiel est de servir le propos. C'est pourquoi, l'écriture de l'espace en musique doit être intégrer à la composition. Et c'est à cette condition que l'on obtiendra une spatialisation qui nous semblera "naturelle".

 

- Peut-on imaginer que le processus de spatialisation soit effectué en direct par les musiciens eux-mêmes, lors d'un live par exemple ?

Oui, sans aucun problème. Les outils sont prêts. Bien sûr cela demande une réflexion et une préparation spécifique et des installations plus conséquentes.

 

- Quelques rares clubs sont équipés d'un son binaural dans le monde. Est-ce le système son du futur ou encore du domaine de l'expérimentation ?

Le "son binaural" offre une expérience d'écoute immersive nouvelle pour ceux qui le découvrent. Et produire de l'audio au format binaural est à la portée de tous. Ce format commence à être de plus en plus proposé. Je pense que son développement va également se faire en relation avec les productions transmédia immersives. 

 

- Si un deuxième volume devait voir le jour, qu'aimerais-tu apporter comme modification dans le process ou dans le rendu ?

Améliorer la spatialisation par l'ajout de la troisième dimension. Car "le premier volume" de Sequences à été spatialisé à partir d'un mixage "Surround". Essayer de réfléchir à l'écriture spatiale avec l'artiste avant l'enregistrement. Et travailler ardemment  avec l'image pour essayer de créer une forme de symbiose entre le son et l'image qui soit au service de la musique.

 

sequences-plateau

 

Tous les épisodes de SEQUENCES sont en accès libre sur le site de Culturebox.

 

 


commentaires

  1. Une question : est-ce que mettre des artistes de musique électronique sur un plateau télé avec des panneaux à led en les filmant en multicam HD sur rail, c’est ce que vous appelez bouger les règles, les conventions, être dans une logique de recherche ?

    L’innovation, c’est de proposer du contenu sonore binaural à une époque où il est assez rare d’en trouver, et encore c’est surtout une innovation technique (même si l’ingé son a raison, il y a quand même des choix à faire). Je pense que ça prendra un tout autre intérêt lorsque d’une les artistes auront la possibilité d’intégrer l’utilisation du binaural dès la conception de leurs morceaux (système de résidence en amont ?), et de deux la proposition visuelle dépassera la forme télévisuelle classique.

    Merci dans tous les cas pour cette belle initiative.

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