INTERVIEW : RECONDITE – IFFY Interview / Musique

A l'occasion de son passage au Big Bang et au lendemain de la sortie de son nouvel album Iffy, nous avons rencontré ce grand homme chauve nommé Recondite.

- Avant d'être Recondite, tu étais kiné. Comment as-tu tout appris en musique ?

Je pense que la chose la plus importante pour moi à été de réaliser très vite que si je voulais vraiment améliorer ce que je fais et que si je voulais vraiment arriver là où je veux aller, j’avais besoin de prendre des décisions dans ma vie. Et une d'entre elles était de ne plus être kiné à plein temps. J'ai donc du faire des compromis. J’avais moins d’argent pendant au moins 4 ou 5 ans. Juste un job à mi-temps de 20 heures par semaine. Les 2 premières années ont été les plus importantes, de 2006 à 2008. Je travaillais de 8h à 12h du lundi au vendredi. Donc tous les jours j’étais à la maison à 13h et j’étais au studio jusqu’à 18h ou 19h jusqu’à ce que ma copine revienne du travail. Pendant ces deux ans j’ai vraiment franchis des étapes importantes en termes de connaissances techniques.

- Tout par toi-même ?

Tout par moi-même. Bien sûr j’ai aussi parlé à certaines personnes. Un ami a été très important. Je faisais de la musique avec lui quelquefois. Il était vraiment dedans, et il avait beaucoup de hardware et de machines. Il m’a appris beaucoup de choses. J’en ai achetées quelques unes moi-même que j’ai utilisées, j’ai essayé d’apprendre comment tout marchait, ce qui a été très utile. A la fin, j’ai décidé que je ne voulais pas utiliser de machines car je peux achever les idées que j’ai de façon beaucoup plus directes quand je n’ai pas trop de trucs autour de moi. Je préfère donc me concentrer sur l’ordinateur et rien d’autre. Mais c’est juste un développement personnel. Ces deux années ont été sans aucun doute les plus importantes.

- Ainsi en peu d’années tu as signé sur de très gros labels. Je ne sais pas combien d’artistes sont capables de signer chez Hotflush, Dystopian, Innervisions. Ils sont plutôt différents en terme de sons et de musique. Comment expliques-tu que tu ais réussi à signer chez des labels si différents ?

J’ai d'abord eu de la chance car j’ai été amené à rencontrer ces personnes. Quelques uns sont venus à moi et m’ont demandé de la musique comme Ghostly et Innervisions. Il y en a d'autres que j’ai rencontrées dans ma vie privée comme Dystopian ou Hotflush. Mais la chose la plus importante est sans doute le fait que je peux faire de la musique qui est reconnaissable comme Recondite mais de différentes façons. Ca peut être des choses plus techno ou des morceaux plus mélodiques comme pour Ghostly. Maintenant avec Levo par exemple, ce sont aussi des morceaux mélancoliques, très émouvants, mais avec des mélodies plus accessibles. C’est essentiellement ce qui me fait aller de l’avant et qui est la chose la plus intéressante dans ce job selon moi. Etre capable de montrer mes émotions de façons différentes. Puis de trouver les bonnes plateformes pour les présenter. Car je ne pourrais pas présenter toutes ces facettes sur le même label. Aujourd'hui les labels se positionnent sur un certain son. Quelquefois, à mon sens, même plus qu’un artiste. Un label peut se focaliser sur un son très spécifique. Je pense qu’un artiste d’une certaine façon doit être plus que ça. En tant qu’artiste tu es un être humain et comme être humain, tu as différentes émotions. Evidemment si tu fais la même chose, tu ne donnes pas tout de toi. C’est pourquoi beaucoup de personnes commencent à produire sous différents noms, mais dans mon cas c’est tout moi. Je ne suis pas cinq personnes différentes. Ce sont toutes mes émotions. Je veux être capable de sortir tout ça en tant qu’une seule et même personne.

- Tu n’as donc jamais essayé de « séduire » des labels spécifiques ?

Pour Innervisions,  j’étais en train d’écouter Lévo que j’avais fait quelque temps avant et je me demandais ce que je pourrais en faire. J’avais des amis en commun avec Dixon, nous jouions beaucoup ensemble et je savais quel type de morceaux il jouait car pour être honnête je ne l’avais pas entendu tant que ça avant. Et je pensais que Dixon pourrait en réalité aimer ce morceau. Puis je lui ai envoyé, mais je ne pensais pas à tout ce qui allait découler de cette action de lui envoyer un track. Donc ce ne sont pas toujours les labels qui venaient à moi et qui me demandaient de la musique. J’ai aussi envoyé de la musique à des personnes, mais seulement si je les connaissais personnellement. Quand personne ne me connaissait, j’ai décidé de monter mon propre label comme plateforme pour mes premières sorties. C’était le seul but. Il n’y avait pas d’autre intention. Je voulais seulement avoir ma propre plateforme pour faire mes premières sorties puis voir ce qui arrivait.

- Penses-tu utiliser à nouveau cette plateforme ?

Oui, en fait en ce moment je suis en train de compiler une sortie pour Plangent

- Est-ce que ce sera ta musique ?

Peut-être un remix par quelqu’un d’autre. Mais pour le moment, pas de sortie complète par quelqu’un d’autre sur Plangent.

- On ressent un vrai travail de textures sur l’arrangement de tes morceaux, spécialement sur l’album. Est-ce le format que tu aimes le plus ?

Oui, absolument. Tu as plus d’espace pour travailler, tu peux mettre plus de pistes sur un album que sur un EP donc tu as plus de possibilités tout d’abord, et tu peux mettre plus d’idées dans un album. Tu peux mettre une jolie petite histoire secrète derrière l’album, avec les noms, avec la couverture. Tu peux faire ça avec un EP aussi mais l’histoire peut être plus grande quand c’est sur un album. Un album est toujours quelque chose qui marque une certaine période de toi-même et de ton son. Il donne aux gens la possibilité d’écouter environ une heure de ta musique, et je pense que c’est une bonne durée pour apprécier et expérimenter l’idée que l’artiste avait. Un EP c’est environ 2 ou 3 tracks, après 15 ou 20 minutes c’est fini. Ce n’est pas assez de temps pour construire quelque chose.

 

- Est-ce important pour toi de faire des morceaux dancefloor ?

Bien sûr, je joue beaucoup en ce moment. J’ai besoin de morceaux pour le dancefloor.  J’ai toujours aimé les clubs, les gros soundsystems. C’est l’un des effets les plus importants pour moi de jouer sur des gros systèmes avec beaucoup de basses. J’ai toujours beaucoup de basses dans mes productions. J’adore les entendre sur des gros systèmes qui montrent ça. Une autre chose qui est bien c’est de voir la réaction des gens directement. C’est sympa d’avoir des feedbacks des gens quand ils me disent qu'ils aiment ma musique ou qu'ils envoient un message ou qu'ils mettent sur Facebook qu’ils aiment ma musique. Mais la meilleure chose c’est de le voir en live, quand ils montrent une réaction. C’est pour cela que j’aime jouer aussi.

- Est-ce que tu envisagerais de jouer live des morceaux qui ne sont pas club, sur un format concert ?

Absolument. Je l’ai toujours fait à une toute petite échelle, mais pas beaucoup. J’y pense, j’ai aussi quelques morceaux pas encore sortis qui pourraient convenir pour ça. En ce moment je dois me concentrer sur les festivals et les clubs, mais je suis aussi en train de penser à la suite. Ca pourrait être une piste.

- As-tu déjà des demandes pour de tels évènements ?

En quelque sorte. Mais tout ça doit être gardé en attente car je ne peux pas faire trop de choses à la fois.

- Tu as dit que tu aimais les gros évènements car ils ont des gros systèmes son, mais beaucoup de tes morceaux sont assez subtiles à apprécier. Il y a beaucoup de petites sonorités, ce n’est pas de la musique qui cogne. Penses-tu que ces gros évènements soient les meilleurs pour que l'audience puisse apprécier ton travail ?

Probablement pas pour la plupart de mes morceaux. Mais cela dépend de la qualité des soundsystem évidemment. Quelquefois quand tu as un lieu comme Sonar à Barcelone, avec presque 10 000 personnes le système son reste extrêmement bon. J’ai écouté d'autres personnes jouer avant moi. Tu as tellement de détails, c’est presque parfait. Quelquefois tu joues à un festival qui n’a pas un bon son, et évidemment c’est beaucoup moins sympa. Donc ça dépend beaucoup de la qualité de tes productions et de la qualité du médium.

- Tu joues beaucoup, comment fais-tu pour gérer ce rythme ?

La partie voyage est particulièrement difficile. Quelquefois ce n’est pas marrant. Tu sais, j’étais aux US la semaine dernière, j’ai volé de mercredi soir à jeudi puis j’ai atterri à Franckfort puis j’ai volé jusqu’à Rome. J’ai joué à Rome, je suis revenu ici aujourd’hui, je joue aujourd’hui ici à Paris. Demain j’irai à Turin; je jouerai là-bas. Evidemment cela veut dire beaucoup de temps dans les aéroports, en voiture, dans les bouchons, dans les avions, ce qui est toujours difficile car peut-être que je suis très sensible mais j’ai grandi dans la nature. Et passer beaucoup de temps dans un environnement artificiel devient difficile pour moi à un moment donné. Mais ça fait partie du business. Tu ne peux changer ça. Je ne m’en plains pas. Pour mon corps et mon esprit, ce n’est pas bon. Je fais donc de petits entrainements, de petits exercices. 15 minutes d’exercices dans la chambre de mon hôtel quand j’ai un peu de temps. S’il y a un parc proche de l’hôtel, y aller 30 minutes, juste pour voir des arbres et tout le reste. Puis quand je suis à la maison à Berlin, je fais beaucoup de gym, je vais nager, je passe du temps dans le parc et, très important, je retourne dans la ville où est ma maison. Voir ma famille, être dans la nature.

- Quand tu es DJ tu peux facilement varier ce que tu joues, mais c’est différent avec un live. Comment fais-tu pour t’amuser en jouant live si souvent ?

C’est vrai. C’est aussi l’une des raisons qui font que je joue comme je joue. Je ne joue jamais la même chose. Je joue quelques morceaux inévitables, mais je change le set à chaque fois. Je joue à 50% comme un DJ mais avec mes propres tracks. Cela m'incite à faire beaucoup de nouveaux morceaux. Car tu t’ennuies avec tes propres trucs donc tu fais beaucoup de nouvelles pistes. J’ai un dossier avec 150 ou 200 tracks à moi. Beaucoup d’entre elles ne sont pas encore sorties. De cette façon je peux m'adapter en fonction de là où je joue, si c’est un petit club underground ou un très gros festival. Si je devais choisir les pistes que je veux jouer, les séparer en plusieurs parties puis les réarranger en live, je n’aurais pas cette flexibilité car ce type de setup demande beaucoup de préparation minutieuse. Je m’ennuierais beaucoup et je devrais globalement jouer la même chose dans tous les shows. Et je sais que chaque show n’est pas le même. Je ne ressens pas la même chose à chaque fois. Quelquefois je me sens très puissant, quelquefois plus mélancolique et profond. Le plus gros défi et le plus intéressant est de trouver le meilleur mix entre ce que l’environnement me demande, ce que les gens me demandent et ce que je veux moi-même. Mettre tout ça ensemble, est très intéressant.

- Est-ce que tu y ajoutes aussi un séquenceur ou des éléments nouveaux ?

Oui, j’ai quelques racks de drums. J’ai plusieurs possibilités pour jouer ou ajouter des choses. J’ai quelques pistes avec des éléments séparés. Peut-être juste  le synthé d'un track que j’aime, ou juste quelques voix ou des enregistrements. J’ai aussi tous les fichiers wav de mes pistes finies, je peux les mettre dans Ableton et changer les loops, jouer certaines parties, ce qui fait que c’est agréable et facile. Quand tu voyages comme ça, et que tu joues beaucoup, c’est très important de te faciliter la tâche.

- On peut dire que jusqu’à cet été tu étais dans une phase de croissance mais maintenant quelle est la prochaine étape pour toi ?

Je n’ai pas de plan sur 5 ans. Mais je pense à l'année prochaine maintenant. Comme tu l’as dit, cet été j’étais vraiment très occupé et pour l’année prochaine je veux maintenir ce niveau et jouer beaucoup. Je veux être capable de présenter ma musique à beaucoup de monde. En ce moment il y a beaucoup de demandes de promoteurs et aussi de personnes qui aiment venir écouter ma musique. J’aurai aussi de nouvelles sorties. Probablement deux EPs, je ferai un autre album. Il va y avoir une suite, un prochain album acide, probablement à peu près au même moment  de l’année. Puis en 2016 je veux voir comment 2015 aura été mais je suis déjà en train de penser aux différente possibilités. Peut-être quelque chose comme tu le disais de plus expérimental, ou moins dancefloor.

Aussi quelque chose qui pourrait être très intéressant pour moi, serait de travailler autour du cinéma, produire des musiques pour des films, des shows TV. J’ai déjà fait ça chez moi juste pour m’amuser. Je n’ai jamais rien envoyé à personne. Maintenant tout commence à prendre de l'ampleur et j’ai beaucoup de temps, je travaille maintenant avec un éditeur qui est en lien avec différents secteurs de la musique : films, TV et radio. Ce serait un rêve pour moi de faire quelque chose par exemple, une bande son pour une série comme Breaking Bad. Une idée musicale qui traverse tous les épisodes, change toujours un peu, et qui reste logique avec le contenu vidéo. C’est quelque chose dont je rêve vraiment pour le future. Je pense que je pourrai atteindre de nouveaux territoires en apportant mon identité musicale à différents domaines.

 

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